Le crapaud en habit de velours

Il était une fois un homme qu’on eût dit taillé dans la glaise la plus molle, mais qui, pour se donner du relief, s’imaginait être sculpté dans le marbre.
On l’appelait le Pauvre Type, titre de noblesse qu’il s’était lui-même attribué, persuadé qu’il sonnait comme « Grand-Duc » ou « Prince des marées ».
Cet homme avait reçu de la vie peu d’esprit, encore moins de finesse, mais beaucoup d’aigreur : une collection d’amertumes si vaste qu’il aurait pu en ouvrir un stand, avec des bocaux étiquetés « rancune », « jalousie », « médisance ».
Or, un jour, une personne de cœur, douce et forte à la fois, assez naïve pour croire encore au bien, l’accueillit chez elle. Elle lui offrit un toit, un repas, et même le luxe rare de l’attention. Bref, elle le traita en invité quand il n’était qu’un parasite en goguette.
Mais le Pauvre Type, plutôt que de remercier, fit ce que font les crapauds lorsqu’on leur tend une main : il cracha sa bave. Une bave gluante, malodorante, pleine de reproches inventés, de mensonges collés comme des sangsues et de diffamations recrachées avec le sourire jaune de celui qui croit enfin « exister » en salissant les mieux que lui.
Il racontait à qui voulait l’entendre, et surtout à ceux qui n’avaient pas envie d’écouter, que la personne qui l’avait accueilli était coupable de mille horreurs : tyrannie, vol, manipulation, que sais-je encore. Son imagination était un puits sans fond, quoique peu profond : il n’y puisait que des pierres ternes, mais en lançait partout comme si c’étaient des diamants.
Les gens qui le croisaient remarquaient pourtant bien vite que ses « pierres » ressemblaient à des grumeaux de boue. Car son venin n’était que l’ombre de sa propre médiocrité.
Et la personne qu’il attaquait ? Elle, elle demeurait debout. Faible par la douleur qu’on lui infligeait, forte par la dignité de ne pas répondre avec la même fange. Elle savait que, dans les contes comme dans la vie, les crapauds finissent toujours par s’étouffer dans leur propre bave.
Moralité :
Méfie-toi des Pauvres Types en habit de velours. Sous leurs airs de grands seigneurs, ils ne sont souvent que des amphibiens toxiques qui bavent pour se croire des dragons. Mais la vraie noblesse, elle, ne s’achète pas en paroles : elle se reconnaît à ceux qui donnent sans compter… et qui survivent à la bave sans perdre leur éclat.



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