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Promenade en zone sinistrée

3 nov. 2025
3 min de lecture

Promenade du dimanche : entre deux coups de feu et trois troncs abattus, j’ai trouvé le temps d’écrire.


Donc, hier, longue balade en forêt.


Enfin… forêt, je ne suis plus vraiment convaincu que le mot soit encore adéquat !

On devrait plutôt parler de “zone déboisée en voie de stérilisation accélérée”.


Des coupes, des coupes, et encore des coupes.


Sans rire, (comme si il y avait de quoi), les arbres tombent plus dru que les propositions de loi inutiles à l’assemblée nationale. Et, histoire de mettre de l’ambiance, pendant qu’on piétine vaillamment les ornières boueuses et impraticables, ça pétarade dans tous les coins. C’est beau et rassurant ces coups de feu qui claquent dans le silence comme des rires gras à un enterrement.


On se croirait sur un champ de bataille.


D’ailleurs, c’en est un.


Un champ de bataille où tout un peuple sans défense, les arbres, les oiseaux, les champignons, les insectes, a été massacré sans autre forme de procès. Les corps ont disparu, débités, emportés, mais les vêtements salis restent : branches arrachées, branchages éparpillés, troncs éventrés.


On a dépoilé les morts ! ça s’appelle les vestiges d’un massacre industriel.


Et comme tout charnier moderne, c’est mal nettoyé. Des tas de bois secs, Super ! Génial ! C’est parfait pour les prochains incendies attendant sagement leur heure.


Même pas capables de laisser un champ de bataille propre, ces croisés du profit.


Les chemins, jadis sentiers de mousse, sont devenus des tranchées boueuses, défoncées par les chenilles des tracteurs géants. Les arbres restants se tiennent droits, figés, comme des soldats traumatisés qui auraient survécu à l’explosion de leurs frères.


Et pourtant, les bûcherons modernes se veulent rassurants : 


“Ne vous inquiétez pas, on replante !”


Ben voyons ! bien sûr qu’on replante.

On replante des clones alignés, des rangées de pins et de sapins qu’on fera pousser vite fait pour mieux les abattre encore plus vite. Une forêt d’usine, un champ de granulés sur pieds.


Exit, m’sieurs, dames, les chênes majestueux, les hêtres puissants, les vieux seigneurs de la forêt : place à la rentabilité au mètre cube.


Le profit, toujours lui, triomphe du vivant.


Bon, soyons optimiste... Bientôt, il nous restera des réserves naturelles, des zoos végétaux où l’on protégera quelques arbres vénérables pour les montrer aux enfants, l’air ahuri :


“Regarde, chérie, c’est un vrai chêne, comme dans les contes !”


Et la petite fera une photo, avant de retourner jouer sur sa tablette en plastique recyclé.


Peut-être même qu’on les mettra en cage, nos arbres témoins. Avec une pancarte genre : “Espèce menacée – Interdiction de grimper.”


Ah, oui, autre chose qui m’agace : Partout ces panneaux “Propriété privée”, “Défense d’entrer”, “Interdiction de ramasser des champignons” Ils pullulent .... comme des champignons, justement.  Sauf que ceux ci ne sont pas comestibles, ils sont seulement irritables.


Remarquez, c’est drôle, au fond, à moins que ce ne soit tragiquement ironique : on protège férocement ce qu’on s’applique à condamner. On érige des clôtures autour du condamné à mort, pour que personne ne voie l’exécution.


Là où, il y a un an à peine, les cèpes pointaient leur chapeau sous les grands arbres, il ne reste plus qu’un décor d’après-guerre : des souches rasées, de la sciure, et des tas de branches abandonnés comme des cadavres d’idées.


Autrefois, au moins, les bûcherons brûlaient ces restes, faisaient place nette. Aujourd’hui, on s’en fout. On abat, on rase, on laisse pourrir. L’homme moderne a tellement confiance en son droit divin de détruire qu’il ne prend même plus la peine de dissimuler ses crimes.


Bon, rassurons nous, soyons optimistes, un jour, peut-être pas si lointain que ça,  il n’y aura plus rien à couper. Plus rien à interdire. Plus rien à protéger.


Peut-être alors qu’on plantera, enfin, un panneau honnête à l’entrée de ce que fut la forêt :


“Ici reposait la nature. Un peu de respect que diable !  Merci de ne pas marcher sur la dépouille.”


On vit une époque formidable !


 

 
 
 

Commentaires


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Quelques mots très éphémères traduisant mes coups de coeur, coups de gueule ou autres découvertes

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