LES ENFANTS DE TOWER
Dernière mise à jour : 21 oct.

Les enfants de Tower
Cycle Life Tower — Tome II
Et si les personnages de notre imagination décidaient un jour de vivre leur propre vie ?
Avec Les enfants de Tower, je vous invite à poursuivre une aventure commencée avec Life Tower.com – Une seconde vie.
Une aventure où les frontières entre le réel et l'imaginaire deviennent de plus en plus incertaines, où les personnages échappent parfois à leurs créateurs et où les certitudes ont une fâcheuse tendance à s'effondrer.
Nous retrouvons Coralie Winder, jeune femme dont l'existence a basculé depuis sa rencontre avec un univers virtuel qui n'a de virtuel que le nom. Nous retrouvons également Asuna of Nine, cette redoutable guerrière née de son imagination, mais qui semble désormais posséder sa propre volonté.
Autour d'elles, les événements se précipitent. Des disparitions inexplicables, des identités qui se brouillent, des êtres qui n'auraient jamais dû exister et quelques individus bien décidés à contrôler ce qui leur échappe.
Et derrière tout cela, Tower.
Mais au-delà de la science-fiction, du suspense et de quelques situations volontairement décalées, j'ai voulu explorer une question qui me tient particulièrement à cœur : qu'est-ce qui fait de nous des êtres vivants ?
Notre corps ? Nos souvenirs ? Notre conscience ? Notre capacité à aimer, à souffrir, à choisir ?
Et surtout, de quel droit déciderions-nous du destin d'un être simplement parce que nous l'avons créé ?
Je vous laisse découvrir les réponses que mes personnages ont tenté d'apporter à ces questions. Je dis bien tenté, car ils ont parfois pris quelques libertés avec mes intentions d'auteur.
À vrai dire, je commence à me demander qui, d'eux ou de moi, a réellement écrit cette histoire…
Une porte entrouverte sur Mareville
Centre médical de Mareville — 6 mars 2030.
« Je suis de Coralie, mais Coralie n'est pas moi. »
Ils la croient folle. Et si elle était la seule à connaître une parcelle de vérité ?
Pour vous permettre de découvrir l'atmosphère du roman, je vous propose de lire gratuitement son premier chapitre.
Les enfants de Tower est disponible sur Amazon, aux Éditions Trapèze.

Et maintenant le premier chapitre.
01 — 06 mars 2030 — Centre médical de Mareville. Établissement psychiatrique/hôpital en milieu fermé.
Prétendre que le centre médical de Mareville est un endroit peu réjouissant serait un euphémisme. Un touriste, même un peu pragmatique, le trouverait sinistre, glauque ou même effrayant.
La bâtisse initiale, lourde construction du XIXᵉ siècle, improbable compromis entre un manoir Renaissance et une forteresse Vauban, trône au cœur d’un parc hérissé d’arbres centenaires incroyablement tordus. L’édifice aux murs salis, recouverts d’un crépi instable, est flanqué d’un assemblage de maçonneries additionnelles, tristes verrues de béton, de pierres ou de briques, échafaudées sans souci d’harmonie tout au long des deux siècles écoulés. Quadrillé d’étroites voies tantôt goudronnées, tantôt pavées, le domaine, qui s’étend sur plusieurs hectares, est entouré d’un haut mur d’époque, en partie écroulé par endroits ou consolidé de moellons grossièrement assemblés.
Enfin, incongrue dans ce lugubre décor, une église presque en ruine, au clocher aussi triomphant que branlant, se dresse tant bien que mal au cœur de la propriété.
Appelée sans doute à traiter le mal par le mal, cette structure médicale accueille des personnes souffrant de désordres psychologiques. L’envie irraisonnée de fuir les lieux constituant vraisemblablement, pour ces dernières, la plus efficace des motivations de guérison.
Dans le prétentieux et vaste bureau du chef de service de l’unité « milieu fermé », les deux hommes qui s’affrontent depuis près d’une demi-heure ont fini par trouver un terrain d’entente. Après avoir tempêté, argumenté et même failli supplier, le thérapeute Benjamin Garoupe vient d’obtenir du docteur Peyrard, l’un des pontes de l’établissement, l’autorisation de rencontrer Coralie, son ancienne patiente. Ils se verront dans l’espace exigu de la chambre d’isolement où elle a été confinée. La rencontre, surveillée par un infirmier musclé, n’excédera pas dix minutes montre en main.
L’intéressée demeurera toutefois sanglée à son lit.
— Une visite éclair ? D’accord, c’est toujours ça, je prends, lâche Garoupe. Mais je m’insurge contre le fait qu’elle soit entravée. Cette pratique est digne du Moyen Âge. Et la présence de l’un de vos gorilles est inutile. Coralie ne me fera aucun mal, j’en suis convaincu.
Le psychiatre secoue plusieurs fois la tête avant de répondre. Cette gamine, ou plutôt cette jeune adulte, Coralie Winder, lui pose un réel problème. Il donnerait volontiers la moitié de sa prime annuelle pour la confier à un collègue. Quoi qu’il en soit, se méfiant de cette furie guerrière toujours prête à en découdre, il refuse de prendre le moindre risque.
— Ne soyez pas si persuadé de votre invulnérabilité, objecte-t-il. Cette fille est un commando des forces spéciales à elle toute seule. En quelques secondes, elle a envoyé au tapis trois de mes gars qui tentaient de la sédater.
— Ils vont bien ? s’inquiète Garoupe.
— Oui, elle les a simplement étourdis.
— Ce qui prouve qu’elle se contrôle… Dites-vous bien qu’elle aurait pu les tuer.
— Et je devrais me réjouir de son incommensurable mansuétude ?
— Non, mais vous pourriez prendre le risque de lâcher un peu de lest.
— Trop dangereux !
— Soyez certain d’une chose, docteur Peyrard, lorsqu’elle décidera de quitter cet établissement, ni vous, ni vos balaises, ni vos sangles, ni vos murs, ni vos drogues ne pourront l’en empêcher. Si elle demeure ici, c’est de son plein gré.
— Elle vous fascine donc à ce point ? Votre attrait pour elle est presque… pathologique.
— N’est-elle pas fascinante ?
Peyrard ne prend pas la peine de répondre.
Oui, Coralie Winder est fascinante. Il rêverait de publier un article à son sujet. D’ailleurs, un projet griffonné de trente pages, exempt de toute conclusion, traîne encore sur son bureau. Tout expert qu’il soit, il ne parvient pas à expliquer son cas.
Bref. Sa priorité, pour l’heure, se résume à une chose : se débarrasser au plus vite de ce donneur de leçon incompétent.
— Allez-y avant que je ne change d’avis ! On l’a prévenue de votre arrivée.
L’entretien est terminé. Peyrard baisse la tête et se replonge dans l’étude d’un dossier.
Sans un mot, Benjamin Garoupe quitte le bureau. Les deux hommes ne s’apprécient guère, mais cet art-thérapeute demeure sans doute l’un des rares soignants capables de communiquer avec l’amazone de la cellule 6. Le psychiatre en est conscient. Pour obtenir des résultats, il devra accepter la collaboration fastidieuse de ce praticien adepte des thérapies humanistes à l’américaine.
*
La porte se referme derrière lui. Il entend le grincement du tour de clé rebondir dans le long couloir. À l’infirmier qui observe l’intérieur de la cellule, le visage collé à la lucarne, il a dû remettre son téléphone, ses clés, sa sacoche. Interdiction d’entrer dans une chambre d’isolement avec quoi que ce soit.
Le décor se révèle plus que spartiate.
Une pièce aux parois blanches d’une dizaine de mètres carrés, un lit fixé au sol et, dans un angle, un seau pour faire ses besoins. La fenêtre aux stores fermés ne peut, évidemment, pas être ouverte. Pas de musique autorisée, pas de livre, pas de revue. Juste le silence, à peine troublé par les cris de détresse et les pleurs qui résonnent sans cesse dans le service.
Dans cette geôle, la patiente est d’abord entrée nue. Avant son transfert dans l’enfer de l’isolement, avant cette non-communication poussée à l’extrême, on lui a passé un pyjama. Désormais, elle prendra ici tous ses repas.
Benjamin Garoupe peine à contenir sa colère. Il voudrait qu’on lui explique comment, à notre époque, des prétendus soignants peuvent accepter qu’on enferme ainsi des personnes en détresse, qu’on les abandonne seules face à leurs angoisses. Et surtout par quel miracle cette maltraitance psychologique pourrait améliorer leur état et faire partie intégrante d’un quelconque processus thérapeutique. Choqué, révolté, l’art-thérapeute ne comprend pas l’univers impitoyable des HP — Hôpitaux-Prisons où contraintes, abus d’autorité et menaces semblent mener la danse.
Coralie est étendue sur son lit, ses bras le long de son corps, ses yeux grands ouverts fixant le plafond et l’éclairage intégré au-dessus d’elle.
Aucune émotion ne traverse son visage.
— Bon J de V, visiteur Garoupe, dit-elle enfin. Saviez-vous que, dans cet établissement, le terme « recadrer » consiste à rappeler de façon autoritaire le règlement en vigueur, assorti de menaces : interdictions de sorties, mise en isolement, augmentation du traitement ? Les conditions d’hygiène sont déplorables et la nourriture infecte.
Au cours de ma brève observation, j’ai constaté un climat de violence, d’insultes, de cris et de hurlements. Détail intéressant : les pensionnaires les plus faibles doivent affronter quotidiennement un environnement d’insécurité, de vols et de misère sociale. Voilà donc le fonctionnement de cette société égalitaire vouée aux soins et aux pensées altruistes. Chez moi, sur Tower, univers dénué de tout sentimentalisme, nous constatons une absence totale de souffrance ou de mauvais traitements. Les opposants ou non conformes aux critères d’existence approuvés par la « Loi de Tourra » sont simplement abrégés avec dignité.
Elle a prononcé cette tirade d’une traite, d’une voix calme et indifférente. Comme si elle récitait un rapport d’enquête.
— Qui êtes-vous ? demande Benjamin.
Le regard qu’elle pose sur lui n’est pas celui de Coralie Winder. Il est plus froid, plus fixe, d’une intensité différente, presque détachée.
— Désirez-vous la réponse communément admise en ces lieux, ou admettrez-vous la réalité ?
— Réalité, virtualité… j’avoue avoir du mal à cerner la frontière. Je conçois simplement l’hypothèse que vous n’êtes pas Coralie… ce qui engendre une troublante question : où est-elle ?
— Elle n’habite plus ce corps qu’elle m’a confié. Temporairement, je l’espère. Je la crois sur Tower, dans une enveloppe charnelle…
— Qui doit être la vôtre… OK. Comment expliquez-vous cette métempsychose ?
— Je ne l’explique pas. Je me contente de la constater. Il y a quelques jours, avant mon arrivée dans cette prison, nous étions liées par une fusion spirituelle. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Elle n’est plus là.
— Comment fait-on pour se rendre sur Tower ?
— Je l’ignore.
— Comment êtes-vous arrivée chez nous ?
— Je l’ignore.
— Qui est, à vos yeux, Coralie Winder ?
— Je sais qui je suis : Asuna of Nine, chasseuse suprême d’interception, élevée au grade de Commander. J’ai fait serment de servir la Loi de Tourra, 164 J de V, an 36. Quant à Coralie Winder, elle est ma…
Pour la première fois, la jeune femme semble indécise, cherchant au plus profond d’elle-même une réponse qui ne vient pas.
— Votre… ? insiste Benjamin.
— Je ne trouve pas de mots adéquats. Mère, génitrice, créatrice, âme, fondatrice… Ces définitions sont incorrectes, ou du moins incomplètes. Je ne sais pas. Coralie a toujours existé, cela, je puis l’affirmer. Elle a toujours été là, quelque part, en moi. Je suis de Coralie, mais Coralie n’est pas moi.
— Asuna… je dois vous dire que je navigue en plein brouillard, et vos déclarations ne m’aident guère.
— Il en va de même pour moi, visiteur Garoupe. Je suis retenue prisonnière dans un monde qui n’est pas le mien. Coralie m’a simplement demandé de l’attendre ici, sans interagir. Bientôt, elle viendra me libérer.
Tour de clé.
La porte s’ouvre sur le maton aux larges épaules. Il leur adresse une mimique vaguement ironique.
— Désolé d’interrompre vos délires existentiels… mais le temps est écoulé. Fin de la visite. Monsieur, veuillez me suivre.
Benjamin pose une main sur l’épaule de la jeune femme.
— Je reviendrai, Asuna, je vous le promets.
— Visiteur Garoupe… pourriez-vous m’informer de votre grade ?
Benjamin esquisse un sourire.
— Mon grade ? Eh bien… je suis simplement thérapeute.
— Je vous attendrai, thérapeute Garoupe. Bon J de V.
Le visiteur quitte la minuscule pièce. Le battant de bois et de métal se referme derrière lui.
— Cette fille est complètement barge, hein docteur ? lance l’infirmier.
Garoupe dévisage longuement l’homme et son sourire hilare.
— Je ne suis pas médecin… Quant à savoir si elle est barge, comme vous dites… franchement, je n’en sais rien.
— Docteur ou pas, vous savez quoi ? Ça fait des années que je bosse ici, et les cinoques, je peux vous assurer que je les connais. Eh bien, celle-là… parfois, elle me fout vraiment la trouille.
— Si ce qu’elle dit est vrai… oui, vous avez toutes les raisons d’avoir la trouille. Parce qu’avec elle, croyez-moi, vous êtes en danger permanent.
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