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Chronique de voyage rebelle

17 févr.
5 min de lecture

Tout d’abord, quelques mots en guise de prologue :  Je sais que l’on idéalise toujours « l’ailleurs » quand on ne supporte plus « l’ici ».

 

J’admets aussi que je suis dans ce que l’on pourrait nommer « l’effet carte postale du retour ».

 

Au fond, le vrai thème de cette chronique éphémère n’est sans doute pas la Thaïlande, mais plutôt mon rapport à la France actuelle.

 

Mon besoin de respiration.

Mon rejet de la brutalité sociale du moment.

 

Cela étant dit, merci à toi, Thaïlande, pour ton accueil.

 

J’aurais voulu parler de la gentillesse de tes habitants.

 

De ce sourire qui surgit sans calcul, offert comme une évidence dès que nos regards se croisent.

 

De cette manière qu’ils ont d’être toujours prêts à aider, à rendre service, à régler un problème avant même qu’il n’en devienne un.

 

J’aurais voulu parler de leur calme, de leur simplicité, de cette cool attitude qui n’est ni posture ni slogan marketing, mais une façon d’être au monde.

 

OK, ne nous voilons pas la face.  

 

Même si la Thaïlande est chaleureuse, son sourire est avant tout culturel. Il cache aussi parfois une société très hiérarchisée, avec des inégalités importantes, un poids culturel fort sur le non-conflit et une économie qui repose beaucoup sur le tourisme et sur des salaires bien plus bas que chez nous.

 

J’en suis conscient, mais ça ne m’empêchera pas de poursuivre cet exposé dénué de toute objectivité.

 

Thaïlande, J’aurais voulu parler de ta tranquillité anarchique sur les routes...

 

Oui, anarchique.

 

Pas de coups de klaxon rageurs.

Pas d’insultes vociférées vitre baissée.

Pas de leçon de morale distribuée à coups de phares.

 

Tout se passe, parfois à la limite de la physique moderne, lorsque nous sommes trois… ou quatre sur une deux voies… ou quatre, cinq sur un scooter, dans une sorte d’harmonie improbable... et très casse gueule.

 

Ça se frôle.

Ça se croise.

Ça s’évite...

 

Mais ça se respecte.

 

Bon, d’accord, le taux d’accidents sur les routes thaïlandaises est un des plus élevés au monde... Disons que c’est un autre rapport au risque...

 

Mais pas de flic planqué derrière chaque radar, vous dressant un PV afin de vous faire cracher des amendes qui, à défaut de contribuer à la sécurité routière, rempliront les caisses de l’État.

 

Je poursuis.

 

J’aurais voulu parler de ta cuisine. De ce mélange subtil de salé, de sucré, d’herbes fraîches et de plantes aromatiques.

 

De ces épices parfois tellement... épicées, qu’il devient urgent, question de survie, de murmurer au serveur, avec dignité : “Just a little bit of spice.” En sachant pertinemment que ce sera quand même incendiaire.

 

J’aurais voulu parler de tes cocktails à tomber par terre.

 

De véritables œuvres d’art !

 

Des verres sculptés, colorés, parfumés, qui ressemblent davantage à des tableaux qu’à des boissons. Tellement, qu’on hésite à boire... avant de boire et de comprendre que l’art peut aussi être liquide.

 

J’aurais voulu parler de tes plages paradisiaques.

 

De tes cocotiers penchés comme s’ils chuchotaient des secrets à l’océan.

De tes eaux turquoises.

De tes îles enchanteresses qui semblent flotter entre deux mondes.

 

J’aurais voulu parler de la chaleur bienveillante de tes eaux, de cette température douce qui nous enveloppe comme si la mer elle-même voulait nous adopter.

 

J’aurais voulu parler de tes animaux.

 

Singes espiègles.

Varans impassibles.

Chats indolents.

Lézards furtifs...

 

Mais aussi serpents discrets, moustiques obstinés, fourmis organisées.

 

Tout ce petit monde cohabite avec l’humain sans déclaration de guerre permanente.

 

La liberté n’y est pas un slogan. Elle circule.

 

J’aurais voulu parler de tes longues barques si particulières, avec leurs drôles de moteurs et leurs longues perches à hélice.

De leurs pilotes associant l’art de l’acrobatie à celui de la navigation. Un équilibre précaire. Une grâce mécanique.

 

J’aurais voulu parler de tes couchers de soleil. De ces instants où même le peintre le plus talentueux poserait son pinceau en disant : “Bon. Là, je rends les armes.”

 

Le ciel se fait incendie. L’horizon devient prière.

 

J’aurais voulu parler de tellement de choses qui m’ont séduit au point de te dire : « Thaïlande : je reviendrai ».

 

Mais vois-tu… Ce qui m’a sauté aux yeux en rentrant chez moi, ce n’est pas la météo. C’est l’agressivité dans les rues de notre capitale.

 

Les injures.

Les coups de klaxon.

Les mauvais regards.

 

Cette tension électrique permanente qui semble dire : “Attention, je vais mordre.”

 

C’est la crasse de nos banlieues et de nos villes.

C’est nos magasins débordant de victuailles, de produits, de stocks.

L’abondance obscène.

Les caddies pleins comme des angoisses mal digérées.

 

Ce sont les gens qui se poussent pour passer les premiers à la caisse. Comme si quelques secondes gagnées pouvaient racheter une vie entière perdue.

 

C’est aussi ce constat brutal que je connaissais déjà, en comparant les prix de là-bas et ceux d’ici.

 

L’essence.

Les services.

La nourriture... Tout en fait.

 

Là-bas, tout est deux fois, trois fois, cinq fois moins cher. Parfois dix. Pourquoi ? Parce qu’en Occident, le citoyen lambda est pire qu’une vache à lait.

 

Elle, au moins, est nourrie et logée.

 

Le citoyen lambda est un citron. On le presse. On le presse encore. Puis on le jette.

Il est là pour ça.

Être racketté par l’État.

Être racketté par la société.

 

Oui, Je sais !

Nos salaires, ici, sont bien plus élevés.

Les charges sociales sont censées financer santé, retraites, infrastructures.

Le niveau de vie moyen est sans commune mesure.

Un plat à 2 € en Thaïlande est bon marché pour nous. Il ne l’est pas pour le Thaïlandais qui gagne 300 à 500 € par mois.

 

Vous voyez, je demeure réaliste. La comparaison brute des prix peut parfois s’avérer trompeuse. Ce qui me paraît injuste est sans doute lié à la richesse globale du pays dans lequel je vis.

 

Mais, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas chez nous abus fiscal et excès bureaucratique. Notre mécanique sociale est structurelle, désincarnée, souvent déshumanisée.

 

Je suis conscient que dans de nombreux pays, critiquer frontalement certaines institutions peut avoir des conséquences très sérieuses, qu’il existe des lignes rouges à ne pas dépasser beaucoup plus strictes que chez nous.

 

Mais je poursuis ma route tout de même !

 

Je ne parle même pas du climat.

Contre lui, on ne peut rien.

 

Mais contre l’ambiance ?

Contre la mentalité ?

Contre cette rage diffuse qui s’infiltre partout ?

Que peut-on ?

 

Thaïlande… Si je m’écoutais, c’est chez toi que je viendrais vivre.

Et je le sais, pour avoir parlé avec des expatriés : tu m’accepterais.

Ce qui est loin d’être évident pour un étranger venant s’installer chez nous.

 

Alors oui, j’aurais voulu parler uniquement de toi.

De tes sourires, de tes saveurs, de tes couchers de soleil.

 

Finalement, je parle aussi de nous... tout en tentant de faire la part des choses.

 

Et ce contraste, plus que tes plages ou tes cocktails, est peut-être le souvenir le plus brûlant que je rapporte dans ma valise.

 

Je reviendrai.

 

Parce que parfois, pour mesurer ce qui cloche chez soi, il faut traverser la mer.




 

 



 
 
 

Commentaires


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Quelques mots très éphémères traduisant mes coups de coeur, coups de gueule ou autres découvertes

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