top of page
Rechercher

Le livre sans titre et sans auteur

16 déc. 2025
3 min de lecture

Voici la chronique définitive d’un livre que personne n’a lu mais que tout le monde déteste.

 

Bon, je sais que je vais en agacer certains.

Cependant, comprendront ceux qui apprécient l’ironie, la distance, et peut-être aussi la démarche d’un type qui, sans choisir de camp, se contente de donner son point de vue.

 

Donc…

 

Depuis quelques jours, la France vit une aventure intellectuelle inédite : des milliers de personnes donnent leur avis éclairé sur un livre… livre qu’elles n’ont pas lu, pour la plupart.

 

C’est beau.

C’est collectif.

C’est presque émouvant.

 

Ce livre, qui n’a même pas eu le temps d’être mal écrit, a été immédiatement jugé... moralement. Ce qui, reconnaissons-le, est bien plus rapide que la lecture, surtout pour ceux qui entretiennent un rapport douloureux avec les paragraphes.

 

On ne parle plus littérature.

On fait du lancer de vertu.

Du pamphlet express.

Du sarcasme recyclé.

 

Dix posts par jour… Quinze pour les plus endurants.

Toujours la même blague.

Toujours la même indignation.

Toujours ce délicieux sentiment d’être courageux… à plusieurs.

 

Bon. Mettons les choses au clair.

De « l’auteur concerné », je m’en tape grave.

C’est un homme fini, rangé au musée des figures passées.

Pour tout dire, il ne m’intéresse pas.

Son livre non plus.

 

Je ne l’achèterai pas.

Je ne le lirai pas.

Et je refuse de perdre davantage les quelques neurones qui me restent à en parler.

 

Mais à force de lire des critiques aussi subtiles qu’un tract humide,

Face à cette semi-remorque chargée de mauvais sketchs sur un thème aussi inintéressant que vu et revu, j’éprouve un réflexe inattendu : une forme de compassion pour le principe même du livre.

 

(Ça, c’est peut-être mon côté rebelle et contradicteur.)

 

J’aime les pamphlets. Hélas, tout le monde ne possède pas le quart du talent d’un Pierre Desproges.

 

Critiquer un livre qu’on n’a pas lu, c’est comme chroniquer un film vu en bande-annonce, juger un repas en reniflant la vaisselle sale, ou, et celle-là, je l’aime beaucoup, donner un avis sur un cadavre sans s’être assuré qu’il est mort.

 

Ça fait médecin légiste qui se la pète… mais ça manque un peu de rigueur.

 

Moi qui écris régulièrement des chroniques littéraires, je m’impose une règle simple,  presque obscène par les temps qui courent : je lis avant de donner mon avis.

 

Oui, je sais.

Ça peut paraître provocant.

 

Bref.

 

Un homme a écrit un livre.

 

OK.

 

Certains n’aiment pas.

D’autres non plus.

 

Pas de problème.

 

La solution est pourtant d’une violence inouïe.

Je propose un pacte national : Vous n’aimez pas ce livre ?

Parfait : Ignorez-le.

 

L’indifférence est une critique bien plus cruelle que vos posts à répétition.

Parler d’un livre, même trop, même mal, ça fait vendre.

 

Oui, je sais.

C’est trop simple.

 

On préfère le bûcher numérique.

C’est plus chaleureux.

Ça donne l’impression d’exister.

Et puis ça défoule.

 

Ce qui me dérange, au fond, et je l’avoue volontiers,  c’est que pendant ce temps,

des auteurs talentueux, discrets, bien vivants, continuent d’écrire dans l’indifférence générale.

 

Ils ont un défaut rédhibitoire, ils n’ont jamais été personnage public.

 

Oups.

 

Alors continuons.

Japons ensemble sur le livre fantôme.

Ricanons en chœur.

Et surtout, surtout…

n’ouvrons pas le texte.

 

Ce serait dommage de gâcher un si bel unanimisme.

 

Sur ce, je retourne à des lectures qui ne m’obligent pas à expliquer pourquoi je ne parle pas d’un livre que je n’ai pas lu.

 

À l’abordage.

Mais avec un peu de style, quand même.


Nous vivons une époque formidable.

 

 

 
 
 

Commentaires


E4C49BDB-910F-4017-AEBE-51E430AD7CC4_4_5005_c.jpeg

Quelques mots très éphémères traduisant mes coups de coeur, coups de gueule ou autres découvertes

  • Icône Facebook blanc
  • Icône Instagram blanc
  • Icône YouTube blanc
  • Icône Twitter blanc
  • Icône Vimeo blanc
bottom of page