Une époque formidable
Amis du bon sens et amateurs d’absurdités administratives, vous vous réjouirez, peut-être, de mon nouveau coup de gueule humoristique.
Nous vivons au temps bénis des décisions contradictoires, des politiques schizophrènes et des injonctions paradoxales servies sur un plateau d’incohérence. (Ça c’est de la formule !).
Hier encore, je savourais mon apéro sans alcool devant les infos régionales, mine inépuisable, comme chacun le sait, de situations cocasses dans lesquelles l’absurdité bureaucratique atteint parfois des sommets himalayens.
Deux nouvelles se succédaient avec une logique implacable, démontrant une fois de plus, si l’on en doutait encore, que la main droite et la main gauche de nos pouvoirs publics ne se sont manifestement jamais serré la pince.
D’un côté, une annonce triomphale, fâchant au passage pas mal de locaux. L’obtention d’un permis exclusif de recherche minière ! Un « sésame ouvre-toi » permettant d’explorer et, ne soyons pas naïfs, bientôt d’exploiter avec la délicatesse d’un hippopotame sous acide des dizaines d’hectares de nature jadis préservée sur le sol de notre belle Bretagne.
Adieu, étangs paisibles où s’ébattent gracieusement les oiseaux migrateurs. Adieu, prairies verdoyantes où la faune locale coulait des jours heureux. Demain, ces paysages bucoliques laisseront sans doute place à un mignon cratère, chef-d’œuvre du progrès, hommage vibrant à notre capacité infinie à détruire ce que nous prétendons protéger.
Comme le disait « Pifou » (pour ceux qui ont la référence) : « Pas glop !
Mais c’est pas tout !
À peine le temps de digérer cette chouette information, voici que sans transition surgissait le deuxième sujet : Fermeture d’une route décidée par les pouvoirs publics afin d’éviter que de pauvres grenouilles ne se fassent transformer en galettes bretonnes par les automobilistes.
Oui, vous avez bien lu (où entendu pour ceux qui ont regardé France 3 Bretagne jeudi soir) Nos dirigeants, soucieux du bien-être de nos amis amphibiens, ont pris la courageuse décision de barrer une route afin d’éviter un carnage batracien.
Noble cause, protéger nos grenouilles, ça le fait ! Après tout, elles n’ont rien demandé et ne traversent sans doute pas par plaisir. Manifestement, elles ont un truc à faire de l’autre côté. On ne va quand même pas leur coller une amende pour avoir traversé en dehors des passages piétons ! Quoique, étant donné le besoin urgent de pognon, il est possible que ce genre d’idée germe un jour ou l’autre dans la tête de certains de nos dirigeants.
Bref, je reprends : Donc d’un côté, on ferme une route pour sauver quelques centaines de grenouilles... Cool ! De l’autre, on autorise la destruction pure et simple d’un écosystème entier sous prétexte d’une hypothétique richesse minérale.
Déduction : La valeur d’une vie batracienne est infiniment supérieure à celle d’une biodiversité toute entière ! Les carpes, hérons, insectes pollinisateurs et autres créatures insignifiantes de nos étangs apprécieront le message. Dommage qu’ils ne puissent pas voter, ils auraient sans doute des choses à dire.
On pourrait croire à une mauvaise blague, mais non, juré ! c’est la stricte réalité. Dans un monde idéal, la cohérence voudrait que l’on applique la même rigueur de protection partout. Mais ici, on assiste plutôt à une démonstration éclatante du grand art de la contradiction institutionnelle. C’est un peu comme interdire la chasse aux moineaux tout en distribuant des lance-flammes aux enfants, histoire de jouer au dragon.
Alors, que retenir de cette sublime contradiction ? Que l’État a un cœur de pierre pour les prairies et un cœur d’or pour les grenouilles ? Que l’absurdité bureaucratique a encore de beaux jours devant elle ? Ou que, finalement, nous vivons une époque formidable, où l’on détruit un écosystème d’un côté tout en posant des panneaux « Attention, passage de grenouilles » de l’autre ?
J’attends avec impatience la prochaine perle : peut-être interdiront-ils bientôt la pêche à la ligne pour préserver la vie aquatique dans un lac… asséché par l’exploitation minière.
Allez savoir ? Oui, vraiment, nous vivons une époque formidable.




Commentaires